La ruée vers les super-aliments?
Ce terme est devenu familier, mais qu’entend-on au juste par super-aliment? Et faut-il se ruer vers ce type de denrées?
Au vu de leurs qualités nutritionnelles et de la réputation qu’ils semblent se forger, un certain nombre d’aliments, dont la liste s’allonge régulièrement, méritent apparemment le qualificatif de super-aliment, ou tout autre dérivé de ce terme, comme super-fruit, super-graine, etc.
Décryptons ensemble les aspects essentiels de cette tendance.
Quelle définition donner à ces denrées?
Bien que les néologismes “super-aliment” ou “super-fruit” ne correspondent à aucune définition officielle, il s’agirait d’aliments présentant une teneur en vitamines, minéraux et autres nutriments particulièrement élevée, et offrant par là-même des bienfaits remarquables pour la santé.
Des termes trompeurs?
Si le terme super-aliment (superfood, en anglais) fut utilisé pour la première fois en 1949 dans un journal canadien pour vanter les supposées qualités nutritionnelles d’un muffin, le terme superfruit n’est apparu qu’en 2004 aux États-Unis.
Vous vous en doutiez peut-être: ces termes, que les diététiciens n’utilisent jamais, sont une création de professionnels du marketing basée en partie sur des analyses nutritionnelles, certes correctes, mais desquelles est extrapolée toute une série d’allégations de santé, loin de tout consensus scientifique.


Baies d’acérola
Par exemple, le terme super-fruit désigne un ensemble de fruits –souvent des baies– présentant une teneur particulièrement élevée en fibres et/ou en antioxydants (caroténoïdes, flavonoïdes, polyphénols, vitamines C et E).
Il s’agit très souvent de baies et de fruits exotiques (acérola, açaï, goji, ou encore maqui, noni, fruit de baobab, grenade, goyave, cranberry), a priori plus attractifs pour les consommateurs que d’autres fruits plus locaux et communs (voire banals), pourtant tout aussi intéressants sur le plan nutritionnel, à l’image du cassis, ou de la myrtille.
Des allégations de santé qui restent à prouver
De surcroît, si les allégations de santé (déclarations indiquant ou suggérant qu’une denrée alimentaire possède des propriétés nutritionnelles bénéfiques) soutenues par les professionnels du marketing sont effectivement basées sur des qualités nutritionnelles supérieures à la moyenne, ces vertus variées ne sont pas toujours démontrées scientifiquement.

Baies de goji
Citons par exemple la cranberry (canneberge), qui a pour berceau l’Amérique du Nord, et dont les effets préventifs sur les infections urinaires chez la femme ont été clairement évoqués, mais restent à prouver.
Les baies de goji sont quant à elles un ingrédient millénaire de la médecine traditionnelle chinoise que les exportateurs de baies et fabricants de leur jus n’ont pas hésité à rebaptiser « baies du sourire », « secret de jouvence du Tibet » ou encore « baies miraculeuses ». Mais faute d’essais cliniques sérieux, les innombrables vertus santé attribuées par la publicité à cet autre fruit miracle sont loin d’être démontrées.
Les institutions passent à l’action
Les autorités de santé n’ont pas tardé à réagir face à l’inflation galopante de nouvelles allégations de santé: dès 2007, la commercialisation de produits en tant que “super-aliments” a été interdite dans l’Union européenne, obligeant les industriels souhaitant user de cette mention à fournir les preuves scientifiques de leurs allégations de santé au moyen d’études sérieuses et validées.

En Suisse, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a émis en 2016 une ordonnance autorisant « les allégations de santé uniquement si l’effet vanté de la substance a été démontré scientifiquement et que le consommateur ne peut pas être induit en erreur quant aux propriétés de cette substance. » L’autorisation est délivrée sous la forme d’une décision individuelle de durée déterminée.
Aux États-Unis, il n’existe pour l’heure aucune réglementation encadrant l’utilisation des termes superfood, superfruit, supergrain, etc., ni celle d’allégations de santé à des fins de promotion commerciale de produits ou de compléments alimentaires.
Une prévention nécessaire
Par ailleurs, dans un rapport de 2022 commandé par l’OSAV et intitulé Avenir de la sécurité sanitaire des aliments, les mises en garde sont plutôt claires:
- “Une consommation non surveillée ou inadéquate de superaliments et de compléments alimentaires pourrait être source d’une alimentation déséquilibrée
- Sur la durée, l’absorption de compléments alimentaires pourrait favoriser certaines maladies”
Et c’est bien le message que tentent de promouvoir les professionnels de la santé et scientifiques: aucun super-aliment, aussi doté sur le plan nutritionnel soit-il, consommé seul ou en association, non transformé ou en complément alimentaire, ne saurait remplacer une alimentation variée, saine et équilibrée.
En effet, la diversification alimentaire est le meilleur et le plus sûr moyen de couvrir l’ensemble de ses besoins nutritionnels, et de prévenir l’apparition de certaines maladies comme le cancer. Dans ce cadre, il est bien sûr recommandé de profiter des bienfaits des “super-aliments”, sans excès et en variant les plaisirs!

Pour en savoir plus, Enquête : les superaliments le sont-ils vraiment?, Conseil de l’Information sur l’Alimentation en Europe (EUFIC))
